Après une grossesse ou un accouchement, il est fréquent de ressentir des fuites urinaires, une pesanteur ou une gêne pendant les rapports. La rééducation périnéale avec une sage-femme aide à retrouver un périnée fonctionnel, mais son contenu doit être adapté à chaque femme, et pas réduit à une série de contractions machinales. Je détaille ici les indications, le déroulement des séances, le nombre habituel de rendez-vous, le remboursement et les situations qui justifient plutôt l’avis d’un kinésithérapeute.
Les repères essentiels pour bien commencer
- Après l’accouchement, la sage-femme peut réaliser la rééducation périnéale, notamment en l’absence de pathologie particulière.
- La première étape est un bilan personnalisé, pas une succession automatique d’exercices.
- Une prise en charge comprend habituellement environ 10 séances, mais le nombre réel dépend des symptômes et des progrès.
- Les techniques peuvent être manuelles, fonctionnelles, avec biofeedback ou, dans certains cas, avec électrostimulation.
- Après un accouchement, les séances sont prises en charge à 100 % sur la base des tarifs de l’Assurance Maladie.

Pourquoi faire rééduquer son périnée par une sage-femme
Le périnée forme un véritable plancher musculaire entre le pubis et le coccyx. Il soutient la vessie, l’utérus et le rectum, tout en participant au contrôle des sphincters et aux sensations sexuelles. Pendant la grossesse, le poids du bébé et les changements hormonaux le sollicitent fortement, puis l’accouchement peut accentuer cette fragilisation.
Une rééducation peut être proposée en cas de fuites urinaires à la toux, au rire ou pendant le sport, de sensation de pesanteur, de difficulté à retenir les gaz ou d’une perte de contrôle du périnée. Elle peut aussi aider à retrouver de meilleures sensations et à reprendre progressivement la course, les sauts ou les sports collectifs.
Je déconseille toutefois de considérer cette étape comme obligatoire de la même façon pour tout le monde. Certaines femmes récupèrent très bien sans symptômes, tandis que d’autres ont besoin d’un accompagnement précis, parfois plusieurs mois après la naissance. Le bon critère reste le bilan et la gêne ressentie, pas le simple fait d’avoir accouché.
En France, après un accouchement et en l’absence de pathologie, une sage-femme peut réaliser cette rééducation dans le cadre de ses compétences. Pour des troubles qui ne sont pas liés aux suites de l’accouchement, le kinésithérapeute est généralement le professionnel à consulter.
Comment se déroule une séance de rééducation périnéale
Le bilan permet de comprendre le vrai problème
La première séance commence par un échange sur l’accouchement, les fuites, les douleurs, la constipation, les rapports et les activités physiques. La sage-femme peut ensuite évaluer la capacité à contracter, relâcher et coordonner les muscles du périnée, toujours avec votre accord.
Ce bilan est important car un périnée faible n’est pas le seul problème possible. Certaines femmes contractent déjà trop leurs muscles et ont surtout besoin d’apprendre à les relâcher. Dans ce cas, multiplier les exercices de renforcement peut augmenter la douleur ou la gêne au lieu d’améliorer la situation.
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Les techniques sont choisies selon vos besoins
- Le travail manuel aide à identifier les muscles et à apprendre la bonne contraction, sans serrer les fesses ni bloquer la respiration.
- Le biofeedback utilise un signal visuel ou sonore pour rendre la contraction plus facile à comprendre, surtout lorsqu’on ne ressent pas bien son périnée.
- L’électrostimulation peut être proposée dans certaines indications, mais elle n’est pas systématique et ne remplace pas l’apprentissage actif.
- Les exercices fonctionnels reproduisent les situations de la vie quotidienne, comme tousser, porter le bébé, se relever ou courir.
- Le travail respiratoire et postural permet de mieux gérer la pression abdominale, notamment pendant l’effort.
Une sonde n’est donc pas indispensable à chaque séance. À mes yeux, le meilleur programme est celui que la patiente comprend et peut reproduire seule, avec des exercices courts intégrés à la journée. Une contraction parfaitement réalisée pendant dix minutes, puis oubliée le reste de la semaine, donnera moins de résultats qu’un entraînement simple et régulier.
Quand commencer et combien de séances prévoir
La consultation postnatale a lieu en général entre la 6e et la 8e semaine après l’accouchement. Elle permet de faire le point sur la cicatrisation, les symptômes et la reprise des activités. La rééducation peut commencer ensuite, selon l’état de santé, le type d’accouchement et les recommandations du professionnel.
Il n’est pas nécessaire d’attendre plusieurs mois si les fuites ou la sensation de pesanteur vous gênent. À l’inverse, une douleur importante, une cicatrice sensible ou une mauvaise cicatrisation doivent être évaluées avant de démarrer des exercices intensifs.
Le nombre habituel est d’environ 10 séances, mais ce chiffre n’est pas une règle rigide. Une femme présentant peu de symptômes peut progresser plus rapidement, tandis qu’un prolapsus, des fuites persistantes ou une mauvaise perception musculaire peuvent nécessiter un suivi plus long ou une orientation complémentaire.
Entre les rendez-vous, la sage-femme propose généralement une auto-rééducation. Elle peut consister en quelques minutes d’exercices par jour, mais aussi en conseils très concrets sur la respiration, la constipation, le port de charges et la reprise du sport. La régularité compte davantage que la force maximale de chaque contraction.
Sage-femme ou kinésithérapeute pour le périnée
Les deux professionnels peuvent prendre en charge la rééducation périnéale après un accouchement. Le choix dépend surtout de l’indication, de l’expérience du praticien et de votre confiance pendant les séances. Une bonne relation thérapeutique est particulièrement importante pour un sujet aussi intime.
| Situation | Professionnel souvent adapté | Ce qui peut orienter le choix |
|---|---|---|
| Rééducation après un accouchement sans complication | Sage-femme ou kinésithérapeute | Disponibilité, confort, méthode proposée et expérience en pelvi-périnéologie |
| Troubles liés à une pathologie non obstétricale | Kinésithérapeute | La cause peut dépasser le champ spécifique de la sage-femme |
| Douleurs, hypertonie ou rapports difficiles | Sage-femme ou kinésithérapeute formé | Privilégier une approche globale du relâchement et de la douleur |
| Reprise sportive avec fuite à l’impact | Professionnel maîtrisant la rééducation fonctionnelle | Évaluer le périnée pendant les mouvements et organiser une progression |
Je ne vois pas d’intérêt à opposer systématiquement sage-femme et kinésithérapeute. Une sage-femme apporte une expertise très pertinente des suites de grossesse et d’accouchement. Un kinésithérapeute peut être particulièrement utile lorsque le problème s’inscrit dans une prise en charge plus large du bassin, de la sangle abdominale, de la posture ou du retour au sport.
Ordonnance, remboursement et coût des séances
Après un accouchement, la consultation postnatale permet de décider si une rééducation est nécessaire et d’indiquer le nombre de séances. Lorsqu’elle est réalisée par une sage-femme dans le cadre des suites de l’accouchement et des tarifs conventionnels, elle peut être prise en charge à 100 % au titre de l’assurance maternité, dans la limite de la base de remboursement.
Le « 100 % » ne signifie pas toujours qu’il n’y aura absolument aucun reste à payer. Un éventuel dépassement d’honoraires ou un acte qui ne relève pas de la rééducation prescrite peut rester à votre charge. Je conseille donc de demander le tarif au cabinet lors de la prise de rendez-vous, surtout si la séance comprend une consultation particulière ou du matériel.
L’Assurance Maladie indique que le nombre prescrit est habituellement de 10 séances, mais il peut être ajusté. Si vous changez de professionnel en cours de traitement, vérifiez le nombre de séances déjà facturées afin d’éviter un décompte incorrect. La rééducation périnéale et la rééducation abdominale sont deux prises en charge distinctes, à organiser séparément.
La sage-femme peut aussi prescrire certains dispositifs médicaux, comme une sonde ou un électrostimulateur périnéal, dans les conditions prévues par la réglementation. Cela ne signifie pas que l’achat d’un appareil est nécessaire. Dans la plupart des cas, je préfère que la patiente commence par maîtriser les exercices et comprenne l’objectif du matériel avant d’envisager une utilisation à domicile.
Quand la rééducation doit être adaptée ou réorientée
Des progrès limités après plusieurs semaines ne veulent pas forcément dire que la méthode est inefficace. Il faut parfois rechercher une hypertonie du périnée, une cicatrice douloureuse, une constipation, une mauvaise coordination respiratoire ou une pression excessive pendant les efforts.
Une réévaluation médicale est recommandée en cas de douleurs persistantes, de sensation de boule ou de pesanteur qui augmente, de fuites importantes malgré la rééducation, de sang inhabituel ou de symptômes qui apparaissent brutalement. Un prolapsus ou une incontinence complexe peuvent nécessiter l’intervention d’un gynécologue, d’un urologue ou d’une équipe spécialisée.
Il faut également éviter les conseils génériques trouvés en ligne. Contracter très fort le périnée à longueur de journée, retenir sa respiration ou reprendre les impacts trop tôt peut entretenir les symptômes. La bonne progression consiste à passer du contrôle volontaire à des gestes réels, puis à des efforts plus dynamiques lorsque le périnée les tolère.
Le bon résultat se mesure dans la vie quotidienne
Une rééducation réussie ne se résume pas à obtenir une contraction plus puissante pendant la séance. Le résultat se voit lorsque vous pouvez tousser, marcher rapidement, porter votre bébé, avoir des rapports ou reprendre une activité sportive avec moins de fuites, moins de pesanteur et davantage de confiance.
Pour choisir votre praticienne, demandez simplement quelle place elle donne au bilan, au relâchement, aux exercices fonctionnels et à la reprise du sport. Une prise en charge claire, progressive et adaptée à vos symptômes sera toujours plus utile qu’un protocole identique appliqué à toutes les femmes.