À 70 ans, les fuites urinaires, les envies urgentes ou une sensation de pesanteur ne doivent pas être considérées comme une fatalité. Une rééducation du périnée peut encore améliorer le contrôle de la vessie, le confort au quotidien et parfois les symptômes d’un prolapsus, à condition d’être adaptée à votre état de santé. Je détaille ici les indications, le déroulement des séances, les exercices utiles et les situations qui nécessitent un avis médical.
À 70 ans, le plancher pelvien peut encore progresser
- L’âge ne constitue pas une contre-indication à la rééducation périnéale.
- Le bilan doit distinguer fuites à l’effort, urgenturies, prolapsus et constipation.
- Le programme associe souvent séances supervisées et exercices réguliers à domicile.
- Une première évaluation des résultats se fait généralement après 10 à 20 séances ou environ 3 mois, selon la situation.
- Une douleur, du sang dans les urines, une difficulté à uriner ou un prolapsus extériorisé exigent un avis médical.

Pourquoi commencer une rééducation du périnée à 70 ans
Le plancher pelvien soutient la vessie, l’urètre, le rectum et les organes génitaux. Avec le vieillissement, la ménopause, certaines chirurgies, la constipation, la sédentarité ou des maladies neurologiques, ses muscles peuvent perdre en force, en endurance ou en coordination. Cela ne signifie pas qu’ils ne peuvent plus répondre à l’entraînement.
Je préfère être clair sur ce point l’objectif n’est pas de retrouver un périnée “de 30 ans”, mais de récupérer une fonction utile. Pouvoir tousser, marcher, se lever d’une chaise, rire ou faire ses courses avec moins de fuites représente déjà un résultat très concret.
Les troubles qui répondent le mieux
- L’incontinence d’effort, avec des fuites pendant la toux, le rire, la marche rapide ou le port d’une charge.
- L’incontinence par urgenturie, lorsque l’envie d’uriner arrive brutalement et laisse peu de temps pour atteindre les toilettes.
- L’incontinence mixte, qui associe les deux mécanismes.
- La sensation de pesanteur ou de “boule” liée à un prolapsus modéré.
- L’incontinence anale légère, qui peut aussi nécessiter un travail des muscles et des habitudes intestinales.
La rééducation est souvent proposée en première intention pour l’incontinence urinaire d’effort. Les recommandations françaises retiennent fréquemment une prescription de 10 à 20 séances, mais le nombre réel dépend de la force musculaire, de la compréhension des exercices et de l’évolution des symptômes.
Le bilan permet d’éviter les mauvais exercices
Faire des contractions au hasard n’est pas toujours utile. Certaines femmes contractent les fesses ou les abdominaux sans fermer correctement l’urètre, tandis que d’autres gardent un périnée trop tendu et aggravent leurs douleurs ou leurs envies pressantes. C’est pourquoi je commence par rechercher le type exact de trouble et la manière dont le périnée fonctionne.
Ce qui est généralement évalué
- Le moment et la quantité des fuites.
- La fréquence des mictions et les réveils nocturnes.
- La constipation, les efforts de poussée et les fuites de gaz ou de selles.
- La présence d’une pesanteur, d’une gêne vaginale ou d’un prolapsus.
- La capacité à contracter puis à relâcher les muscles.
- Les antécédents de chirurgie, d’AVC, de maladie de Parkinson, de diabète ou de traitements pouvant modifier les mictions.
Un calendrier mictionnel sur 2 à 3 jours peut être très utile. Il permet de noter les boissons, les passages aux toilettes, les envies urgentes et les fuites. Ce document donne souvent plus d’informations qu’une impression générale du type « je vais souvent uriner ».
Une consultation médicale est nécessaire avant de commencer ou en parallèle de la rééducation en cas de sang dans les urines, brûlures, douleurs pelviennes inhabituelles, fièvre, infections urinaires répétées ou difficulté à vider la vessie. Une fuite récente et brutale ne doit pas être attribuée automatiquement à un manque de tonus.
À quoi ressemblent les séances en pratique
Une séance ne consiste pas simplement à répéter des contractions. Le kinésithérapeute ou le professionnel formé en rééducation pelvi-périnéale peut utiliser des explications anatomiques, un travail manuel, des exercices en différentes positions et parfois un biofeedback. Ce dernier transforme la contraction en signal visuel ou sonore, ce qui aide à comprendre un mouvement que l’on ne voit pas.
Les principales techniques
| Technique | Intérêt principal | Limite à connaître |
|---|---|---|
| Contractions volontaires | Renforcer la fermeture et l’endurance du plancher pelvien | Elles sont inefficaces si le muscle ciblé n’est pas correctement identifié |
| Biofeedback | Visualiser la contraction et apprendre à mieux la contrôler | Ce n’est pas indispensable pour tout le monde |
| Électrostimulation | Aider certaines patientes à percevoir ou déclencher la contraction | Elle ne remplace pas l’entraînement actif et comporte des contre-indications |
| Rééducation comportementale | Réduire les urgenturies et les mictions de précaution | Elle demande de modifier progressivement certaines habitudes |
Pour une fuite à l’effort, j’apprends notamment à contracter le périnée juste avant la toux, le lever ou le port d’une charge. Pour une urgenturie, l’objectif est différent. Il faut calmer l’envie, respirer, contracter brièvement si cela aide, puis rejoindre les toilettes sans courir.
Le toucher vaginal n’est pas systématique et doit toujours être expliqué, accepté et réalisé dans de bonnes conditions. Une prise en charge sérieuse respecte votre intimité, votre confort et vos éventuelles douleurs. À 70 ans, l’ostéoporose, une chirurgie récente ou une fragilité générale peuvent aussi conduire à privilégier des positions assises ou allongées.
Quel programme suivre entre les séances
La régularité compte davantage que la force. Un programme courant peut comporter quelques contractions lentes, maintenues plusieurs secondes, associées à des contractions rapides, mais le dosage doit être personnalisé après le bilan. Je déconseille de copier une série trouvée en ligne si elle provoque des douleurs, une fatigue importante ou une aggravation des envies pressantes.
Les repères d’un exercice bien réalisé
- Respirer normalement sans bloquer l’air.
- Contracter le périnée sans serrer les fesses ni rentrer fortement le ventre.
- Relâcher complètement entre deux contractions.
- Commencer dans une position confortable, puis intégrer progressivement la station debout et les gestes du quotidien.
- Arrêter en cas de douleur, de tiraillement inhabituel ou de sensation de pesanteur accrue.
Un travail quotidien de quelques minutes est souvent plus réaliste qu’une longue séance occasionnelle. Le programme peut être associé à une activité physique adaptée, à la marche, au renforcement des jambes et à des exercices d’équilibre. Cette approche globale aide à sécuriser les déplacements et à mieux gérer les situations qui déclenchent les fuites.
Les premiers changements peuvent apparaître en quelques semaines, mais il faut souvent au moins 8 à 12 semaines d’entraînement régulier pour juger correctement l’effet. Si aucune amélioration n’est observée malgré une bonne compréhension et une pratique assidue, il faut réévaluer le diagnostic plutôt que multiplier les contractions.
Prolapsus, sécheresse et maladies chroniques demandent une adaptation
En cas de prolapsus modéré, la rééducation peut diminuer la pesanteur et aider à mieux gérer les efforts. Elle ne fait toutefois pas remonter mécaniquement un organe déjà très descendu. Un pessaire, dispositif placé dans le vagin pour soutenir les organes, peut parfois compléter la prise en charge et éviter ou retarder une intervention.
La sécheresse et l’atrophie vulvo-vaginale après la ménopause peuvent rendre l’examen ou certains exercices inconfortables. La kinésithérapie peut travailler la mobilité et le relâchement des tissus, mais un traitement local doit être discuté avec le médecin ou le gynécologue. Les crèmes hydratantes et les traitements hormonaux locaux ne répondent pas aux mêmes indications.
Après un AVC, avec une maladie de Parkinson, une neuropathie ou des troubles cognitifs, la rééducation reste possible, mais les consignes doivent être plus simples et davantage répétées. La présence d’un aidant peut faciliter le suivi, sans faire les exercices à la place de la patiente. Le but reste de préserver l’autonomie et la qualité de vie, pas de réaliser une performance musculaire.
Lire aussi : Massage périnéal avec le conjoint - Guide complet et serein
Prise en charge et coût à prévoir
En France, les séances prescrites sont en principe remboursées par l’Assurance Maladie à 60 % de la base de remboursement, le complément dépendant de la mutuelle et du praticien. Les dépassements éventuels, les séances non prescrites ou certains programmes de confort peuvent rester à charge. Il est préférable de demander le tarif avant le début des soins.
La prescription peut être établie par le médecin traitant, un gynécologue, un urologue ou un autre médecin impliqué dans le suivi. Le kinésithérapeute réalise ensuite son bilan et adapte les objectifs. Comme le rappelle ameli.fr, la rééducation peut être associée à la correction d’une constipation, à l’adaptation des boissons, au traitement d’une infection ou à la réévaluation d’un médicament.
Le bon objectif est celui qui rend la vie quotidienne plus libre
À 70 ans, il n’est jamais trop tard pour faire évaluer le plancher pelvien. Une prise en charge utile repose sur un diagnostic précis, des exercices actifs et une progression réaliste, avec un contrôle des résultats après plusieurs semaines.
Je conseille de mesurer des objectifs concrets, par exemple marcher 30 minutes sans fuite, réduire le nombre de protections ou dormir avec moins de réveils. Ces indicateurs parlent davantage que la seule force musculaire et permettent de décider sereinement s’il faut poursuivre, modifier la rééducation ou demander un avis spécialisé.